JUSIONYTE Ruta

JUSIONYTE Ruta

Du 11.04.2024 au 04.05.2024

À propos de l’exposition

Le feu renforce ce qu’il ne détruit pas

« Pour trouver l’équilibre, il faut passer par l’extrême »

Ruta Jusionyte, septembre 2019

Ruta Jusionyte :  de l’animus et de l’anima

« Une œuvre d’art n’expose pas une vérité préétablie, elle incarne une vérité vécue. »  André Maurois. 

Ce qui nous a surpris d’emblée dans l’atelier de Ruta Jusionyte c’est la tonalité particulière qui surgit de ses œuvres. Ses couleurs dans leur ensemble nous ne les trouvons pas ailleurs. Sa chromatique épouse instinctivement ses traits larges et sensuels, donnant vie à ses toiles. Sa palette semble inspirée de toutes les nuances de l’ambre : les bruns, les jaunes et les rouges fusionnent, « les jaunes et les verts sonnet » les violets claquent, les tâches se répondent et ses bleus évoquent le ciel hivernal au-dessus de la Baltique, comme une grande respiration. L’artiste est née à Klaipèda en Lituanie, au bord de cette mer du nord où ce que l’on appelle « l’or de la Baltique » n’est autre que cet ambre évocateur.

L’animal est omniprésent dans cette œuvre. Sa présence est si naturellement associée à celle des humains, que nous ne savons plus vraiment qui est qui ? « Les animaux sont des gens comme les autres » répond spontanément dans une interview, le grand peintre des animaux, Gilles Aillaud.

Mais les animaux de Ruta Jusionyte ne sont pas réalistes comme ceux de l’artiste français. Allongés, assis, à quatre pattes, ils déploient néanmoins leur morphologie ingénue et énigmatique avec aisance et souplesse. 

Dans Métamorphoses de l’âme et ses symboles, C.G. Jung écrit : « Dans l’ombre de l’inconscient est caché un trésor, le trésor difficile à atteindre.»

Dès lors, le lapin, l’ours, le cheval, l’éléphant, le chien, la tortue possèdent tous une signification secrète. Le regard des animaux peint par Ruta Jusionyte est toujours le même, interrogateur et alerte comme celui de Tia, son magnifique border collie. 

Parfois l’artiste réinvente l’animal en lui octroyant une tête de dinosaure, de têtard ou une autre forme pensée par elle.

Elle leur flanque des petites oreilles pointues comme celles de chimères des cathédrales gothiques. Ingénument elle les anime, leur fait de la place, elle les encense ou bien elle examine leurs analogies avec ses propres pulsions.  

Il lui arrive d’humaniser l’animal en lui prêtant la position debout, un regard malicieux et d’intentions amoureuses : « Une ode à la vie ». La question jungienne de l’anima (indice féminin de l’inconscient de l’homme) et de l’animus (l’indice masculin de l’inconscient de la femme), la préoccupe. Alors, elle élabore une poétique qui réunit l’homme et l’animal pour accéder à une identité spirituelle supérieure : « Consciemment ou non, je crée des personnages qui émergent du fond de moi-même. Et ma peinture est-ce une peinture en quête de l’homme universel ? » se demande l’artiste.

Dans ses toiles plus récentes la topographie change. Fini les repas de famille et le jeu d’échecs dans un espace clos. Fini les disputes et les verres renversés. Quelques branchages ou poussent parfois les fruits de la passion nous indiquent un monde ouvert, où il subsiste les quatre éléments de l’Univers. Nous assistons à l’éclosion d’un monde de fluides, de trous noirs où des astres abstraits éclatent, à l’image du cosmos. C’est dans cet espace expansif que ses personnages se rencontrent, évoluent, ou s’endorment en flottant déployant ainsi tout leur portée symbolique : Le loup, comme un long vaisseau totémique avance dans l’espace.  Dans son flanc, il porte une petite fille endormie.

Oui dans ces toiles récentes, nous dirions qu’à force de se fréquenter ce sont les humains qui, préfèrent imiter les animaux.

Cette fois-ci, les humains semblent avoir perdu le goût de la parole. Le langage humain, ce merveilleux outil qui justement marque la supériorité de l’homme sur le reste de la création semble avoir perdu ici son sens. Les humains n’en ont plus besoin, ni pour commander, ni pour ruser, ni pour communiquer. Les humains et les animaux vivent en harmonie. Parfois ils semblent émerveillés, parfois s’interrogent et d’autre fois il jouent. Dans la toile intitulée « Attraper le temps », d’un commun accord, ces créatures humaines et animales semblent s’engager dans un jeu anti- faustien, une course folle avec le Temps. Comme si le Temps n’était plus l’ennemi apportant la vieillesse et la dissolution mais au contraire le temps est ce qui les entraine dans une aventure cosmique, dans un ailleurs, où les humains et les animaux prennent un plaisir fou de prendre de la vitesse comme portés par les courants invisibles d’un vent intérieur optimiste et rieur.

D’un air sceptique, un lapin, un hobbit et un individu à la tête de batracien semblent avoir une autre conception de l’espace et du temps que leur audacieux camarades.  Pris dans des réflexions peu ordinaires, ils semblent se dire chacun de leur côté :

« Attraper le temps…Mais quelle étrange idée… ».                                                                                                              Ileana Cornea

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