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ROUX Chantal



Biographie

Artiste plasticienne (peintre et sculptrice) et écrivaine française, Chantal Roux est née en 1949 et est établie à Lyon.
Autodidacte, elle n'expose que depuis 1994.

Dans son oeuvre étrange et séduisante, ce qui attendrit ne se sépare pas clairement de ce qui intrigue ou inquiète. Les choses sont liées, cousues. Car oui, l'oeuvre baigne dans le lait d'une infinie tendresse tout de même hantée par les spectres de la solitude, de l'inquiétude, de la peur, de l'absurdité.

Ce monde où les personnages, le plus souvent, ont les yeux clos est un monde étrange où l'angoisse succède à l'apaisement, où l'image sensible et émouvante d'une étreinte précède celle de deux personnes se tournant délibérément le dos ou celle d'un être seul contemplant une plante dont la représentation picturale est accrochée au mur. Des couleurs inattendues, vives, festives, parfois mêlées à des grisailles ou à des obscurs, animent ces oeuvres au charme singulier où défilent tous les états psychologiques de l'être tantôt perdu, égaré, tantôt trouvé, adulé.

Oui, il y a ici, sur un mode inédit, puissamment sensible, une comédie humaine dans le filigrane de laquelle, comme un vivant détail, un peu de drôlerie s'insinue.

Ce qui prédomine ici, jusque dans les représentations paisibles, jusque dans la représentation de la fragilité de l'être, c'est la flamme de l'intense : l'intensité est la patrie de toutes ces oeuvres. C'est cette intensité qui nous hèle et nous garde dans leur contemplation patiente et émue. Peut-être sont-elles simples, peut-être ont-elles inventé une sorte de nudité artistique étourdissante, mais elles sont d'une intensité unique, elles portent un frisson qui nous remue de fond en comble.

Dans cet espace pictural, on dirait que Raymond Peynet rencontre Samuel Beckett , on dirait que Chopin et Satie se partagent l'atmosphère musicale. Mais le silence aussi entre dans la composition de ces peintures, avec la mélancolie, le charme, le désarroi. Il y a là, à l'écart du sérieux pompeux et stérile, une gravité poétique et simple qui bouleverse. Il y a que les choses, les êtres semblent ici ouverts et qu'on en voit le scintillant noyau. On est tout près du simple secret de l'être.

L'oeuvre porte et est portée par un regard d'une immense humanité, un regard qui a eu vent du sacré de la vie et ne consent pas à y renoncer. Ces oeuvres entrent dans nos vies, profondément, trouvent en elles des échos profonds, créent avec elles des affinités essentielles.

Ici, chez Chantal Roux, on s'intéresse (religion ou pas, ce n'est pas le sujet) à l'âme des gens, à leur étrange mélodie intérieure, aux couleurs qu'ils émettent, à leur peine et leur désolation, à leurs battements de coeur, à tout ce qui fait retentir la cloche discrète de l'être.

Tout cela édifie cette oeuvre de tact, de doigté, cette oeuvre d'une sensibilité merveilleuse, cette oeuvre presque en suspension, qui a la légèreté et la profondeur d'un poème, d'une réflexion.

La découverte de cette oeuvre prend la forme de la chance : oui, c'est une chance, une bénédiction de voir et de savoir que quelqu'un, du fond de son atelier, regarde et peint ainsi les gens.

Denys-Louis Colaux