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GUGLIELMI Eric
Photographe



Biographie

Eric Guglielmi est né à Clarleville-Mézières. A l’âge de douze ans, il saisit ses premières images de la vie-autour de lui avec un Praticka MTL 3. Il est pris au jeu et arrête ses études sans savoir s’il allait devenir un photographe. Son désir de photographie le pousse à continuer à photographier tout, tout le temps. Un jour, sur les plages du Cap d’Agde il se retrouve photo filmeur. Cette première expérience professionnelle l’excite et lui donne des ailes… pour voler jusqu’à Paris. Il commence un long parcours photographique parisien, d’abord comme assistant au labo photo « Unipub » puis comme assistant du photographe de mode Faycal. En 1991, il travaille pour l’Agence « Tempsport » en même temps qu’il fait du labo couleur. Le désir de photographie fait naître
celui de voyager… En 1993, Eric Guglielmi part en Amérique latine. Il parcourt la Bolivie, l’Argentine, le Chili, le Pérou et une partie de l’Equateur. Lorsqu’il revient à Paris au terme de dix huit mois de voyage, il entre au journal « Libération » comme tireur noir/blanc. Tout semblait bien parti pour une carrière sécurisée dans le photojournalisme. Seulement voilà, Eric ne tient plus en place. Il veut à nouveau repartir. Cette fois, c’est l’Afrique qui l’attire. L’Ouest du continent. Le Mali. Bamako. Il s’installe au bord du Djoliba et pendant quatre longues années, il vit en parcourant le pays, à photographier l’actualité pour satisfaire de nombreuses commandes : Libération, Jeune Afrique, Tapama, Balafon etc.
Pendant son séjour bamakois, Eric fonde une petite agence photo avec des photographes maliens. L’Agence Djaw organise en 1996 la première exposition off des Rencontres de la photographie africaine de Bamako. Très vite, Eric se lasse des collaborations incertaines et du même coup de son pays adoptif. Il n’accepte pas la lenteur des choses. Se révolte contre l’attentisme et décide encore une fois de bouger. Partir ailleurs ? Ou revenir en France ? Ailleurs, c’est tout recommencer. En France, il a peur de ne pas se retrouver. Pourtant, c’est bien à Paris qu’il atterrit à la fin de l’année 1997. Recherche difficile des repères. L’esprit en zone et mille questions sur ce choix de revenir en France au moment où tout est en train de changer dans le domaine de la photographie. Un instinct de conservation ? Un pragmatisme tout court ? Eric se met au traitement numérique de l’image. Il trouve du travail et rencontre sa femme, une malienne. Sa vie redevient normale. Il recommence à faire de la photo. Mais, pas pour longtemps. Une autre envie et surtout un désir de recommencement s’installe en lui. Passe six années sans photographie. Six années nouvelles. Car, Eric parvient à monter un atelier de photogravure.
Il trouve un plaisir inconnu de travailler la photographie pour l’édition.
C’est seulement en 2005 que son œil se re-ouvre… Il se rappelle un poète qui a compté dans sa jeunesse. Un poète qui le remet en lien avec la région qui l’a vu naître. Il se rappelle Arthur Rimbaud. Alors, il part sur les traces de son poète sous un titre banalisé
« Je suis un piéton, rien de plus… » et raconte Rimbaud dans vingt trois villes qui ont vu passer le poète. Il associe à ses images des extraits de textes et de correspondances de Rimbaud et invente une autre poésie, la sienne.
De Rimbaud à l’Afrique, toujours en lui, Eric fait le grand écart. Le retour en Afrique noire le conduit à Touba, ville de religion et de pèlerinage, mais surtout ville d’un islam noir fait de paix et de tolérance. Exemple, oh ! Combien, utile à rappeler à nos mémoires terrifiées par tant de sang versé au nom d’un autre islam assassin.
Il travaille en ce moment sur un autre sujet de combat, un sujet de guerre moderne « La traite négrière ou les origines de la mondialisation.» Il pose un regard actuel sur les villes et les régions du monde qui ont joué, parfois contre elles-mêmes, un rôle décisif dans l’esclavage et le commerce du « bétail
noir » pendant trois siècles. Ce travail mené comme un récit décalé de ce qu’il appelle « la mondialisation avant l’heure » questionne sans concession la participation africaine dans cette tragédie noire.
Il semble qu’en reprenant son appareil photo, Eric a décidé d’aller à contre courant de ce qu’il a toujours fait en photographie. Il refuse de courir après l’image, de chercher la bonne photo… Désormais, il attend. Il prend du temps à l’endroit qu’il a choisi. Et, comme un peintre, il prépare ses outils et il attend le
modèle. Cette écriture lui convient. Cette attitude lui réussi… Pas si mal que ça.
A.Chab Touré.